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4 months ago

Land Rover Magazine #40

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Dans ce numéro, le nouveau Defender est mis à l’épreuve par deux jeunes aventuriers préparant une expédition au pôle Sud. Nous célébrons également le cinquantenaire de Range Rover avec un périple à la découverte de Dubaï. Forts du passé, nous nous tournons vers l’avenir avec un groupe de visionnaires qui nous présentent certaines des technologies qui pourraient bien transformer notre futur à tous.

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oreilles tombantes qui la fixaient de ses grands yeux amicaux, et dont la truffe noire et humide la ramenait doucement à la réalité. C’est alors que Yoonie vit l’homme derrière le chien. Svelte, musclé. Les yeux bruns tirant sur le gris, le regard vif, mais distant. “Gardez le contrôle de votre chien !”, s’écria-t-elle sèchement, contrariée par sa chute. “Ce n’est pas le mien. Sûrement un chien errant du coin”, répondit-il avec nonchalance. “Vous avez besoin d’aide ?”, ajouta-t-il. “Non, non. Ça va”, répliqua-t-elle en se relevant sur les coudes. “C’est dangereux de randonner seule, vous savez”, dit-il sur un ton à la fois plein de sollicitude et de condescendance paternelle. Il avait l’air réservé, très équilibré. Cela l’agaça. “Je vais à Lares.” Elle se releva. Ainsi, il ne pourrait plus la regarder de haut. “Je continuerai ensuite ma randonnée, jusqu’au Machu Picchu.” Il hocha la tête. “Nous suivons le même chemin, alors. Moi, c’est Jacob”, reprit-il. Elle hésita. “Je m’appelle Yoonie”, dit-elle à son tour. “Vous devriez peut-être rebrousser chemin”, ajouta-t-il enfin. “Vous savez, en altitude, il faut du temps pour s’habituer à l’air de la montagne.” Elle marqua une pause. “J’aime me sentir respirer. Pourquoi n’allez-vous pas à Lares en car, comme tout le monde ?”, rétorqua-t-elle. “Je n’ai pas beaucoup d’argent”, se justifia-t-il. “Pourquoi voyager, alors ?” “Et pourquoi pas ?”, répondit-il du tac au tac. “Le monde est vaste. Je fais ce que je peux pour en voir une partie.” “Oui, il est vaste”, dit-elle. “Même s’il donne parfois l’impression d’être un peu trop petit.” “C’est curieux de dire ça”, remarqua-t-il, “quel que soit l’âge que l’on a, d’ailleurs.” “Est-ce une façon déguisée de me demander mon âge ?”, répondit-elle d’un ton moqueur. “Je ne cherche pas à vous séduire”, répond-il, sérieux. Je vous ai vu trébucher et je devais vérifier que vous alliez bien.” Son scepticisme dut se voir. Jacob rajusta son paquetage. “Vous avez de quoi manger, de l’eau ?”, demanda-t-il. “J’ai tout ce qu’il me faut”, assura-t-elle. “Au revoir, mademoiselle !” Il fit un signe de la tête, reprit sa marche et ne fut bientôt plus qu’un point sur le chemin sinueux. Le labrador lui tint compagnie. Sa queue battait la mesure contre sa jambe, comme s’il la pressait pour qu’elle gagne Lares avant la tombée de la nuit. La température avait brusquement chuté et le vent glacial collait ses cheveux aux joues. Elle avait les jambes qui tremblaient quand elle arriva à Lares. Son guide lui manquait : le labrador s’était dégagé de ses bras pour disparaître dans une maison aux abords du village. Elle pénétra dans le bassin d’eau thermale au-dessus duquel dansaient des nuages de vapeur et s’immergea jusqu’à avoir la sensation de se dissoudre dans l’eau. En partie, puis tout entière. Des voix flottaient par intermittence. Elle n’aimait pas les touristes et leurs bavardages. Leurs histoires qui se répétaient. Les gens avaient tant de choses à se dire. Qu’arrivait-il quand ils se trouvaient à court de mots, à court d’amour ? Ils devenaient comme sa mère et son père, se dit-elle. Le conducteur du minibus s’endormait au volant, Yoonie en était certaine. Deux heures de trajet jusqu’à Santa Teresa sur une route étroite enchaînant les virages serrés. Alors que les Andes s’obscurcissaient pour devenir de simples contours sous un ciel de plus en plus étoilé, le conducteur avait les cils qui tombaient sur les pommettes. Yoonie voyait déjà le minibus glisser sur le bord friable du précipice et tomber dans un canyon si profond que seules les vigognes sauvages assisteraient à sa chute. Son décès ne laisserait aucune trace, pas même l’une de ces pierres tombales ornées de guirlandes qui jalonnaient les cols. Une mort qu’elle n’aurait pas choisie, à l’image de la vie qu’elle n’avait pas choisie. Elle restait vigilante, la main à moitié levée pour donner un coup de volant dans l’autre sens si nécessaire. Évidemment, la vieille dame assise derrière elle s’était assoupie, chapeau coloré sur le visage après en avoir défait les cordons. Mais les Apus, esprits de la montagne, veillaient certainement sur eux. Ils arrivèrent à Santa Teresa sans incident. Le lendemain matin, elle monta dans la navette qui partait du pied de Machu Picchu. Alors que le véhicule serpentait jusqu’au sommet d’une montagne où d’éclatantes fleurs tropicales et des oiseaux irisés scintillaient dans un cadre verdoyant, elle se sentait ILLUSTRATIONS : CALVIN SPRAGUE. PORTRAIT DE L’AUTEURE : MATT DOUMA happée par le magnétisme mystérieux de ce paysage sauvage et inhospitalier, de ces fleuves mugissants et de ces parois omniprésentes. Les gens parlaient dans une dizaine de langues autour d’elle dans la file menant au sommet de l’escalier, où passeports et billets étaient contrôlés. Des touristes montaient et descendaient les marches de granit, obnubilés par les photos qu’ils devaient prendre et qui vivraient éternellement sur le cloud, à l’instar des ruines qu’ils immortalisaient. Quant à Yoonie, son regard intense était fixé droit devant elle tant était grande sa soif de vivre, son envie d’une liberté qui miroitait constamment sous ses yeux. Mais plus prosaïquement, elle fixait aussi la marchande de bouteilles d’eau. Traîner un sac à dos rempli de tout ce qu’elle avait choisi de ne pas laisser à Boston, voilà qui donnait soif. Elle sortit quelques pièces de monnaie et s’avança. Elle aperçut du coin de l’œil un visage connu. Elle le regarda droit dans les yeux. “Qui l’eût cru ?”, demanda-t-elle d’un ton calme. “Oh !” Jacob souriait d’un air surpris. “Cela relève presque du miracle.” Elle l’étudia plus attentivement, cette fois. Il avait des manières sèches qu’elle n’avait pas remarquées à leur première rencontre et son attitude tendue tranchait avec celle des touristes qui grouillaient alentour. Un corps d’athlète, se dit-elle à nouveau. Ou de guerrier. “Ce doit être le destin”, reprit Yoonie en le dévisageant avec insistance. “Bon, si vous me suivez, autant vous rendre utile…” Elle se déchargea de son sac à dos et le lui donna en souriant d’un air narquois. “Tâchez de ne pas vous faire distancer !”, lança-t-elle en tournant le dos à un Jacob déconcerté. Elle se mit à gravir le sentier menant à l’antique cité, qui semblait suspendue entre ciel et terre, entourée des ombres ondulantes de la montagne bleue. Un voyage parmi des canaux d’irrigation, des temples et des champs en terrasse, construits par des ingénieurs du temps jadis qui comprenaient le silence de la beauté, et la beauté du silence. Les sentiers étroits fourmillaient de touristes en pleine admiration, mais Yoonie allait à contre-courant de la foule, tournant à gauche, à droite, puis montant les marches vers le Temple du Soleil. Quelqu’un l’appela par son nom. Peut-être était-ce le vent. Elle finit par s’arrêter sur une clairière en terrasse pour qu’il la rattrape. “Je ne pensais pas que cet endroit serait aussi fréquenté, je croyais que c’était la basse saison”, lui dit-elle. “Je voulais disparaître. Non, je voulais être loin de tout.” “Le Pérou, ce n’est pas loin de tout”, répondit-il. “Écoutez, je sais pourquoi vous êtes ici”, déclara-t-elle d’une voix ferme. Il parut perplexe. Elle crut déceler une lueur d’inquiétude dans ses yeux. “Vous n’êtes pas très bon dans ce que vous faites”, poursuivit-elle avec calme. Jacob se leva, l’air confus. Mais s’appelait-il vraiment Jacob ? Sans doute pas. “En fait, je dirais que vous faites un bien piètre espion.” Il la regarda bien en face, renonçant définitivement à tout faux-semblant. “Avec tout le respect que je vous dois, mademoiselle Park, je suis un professionnel de la protection rapprochée. Vous vous êtes mise en danger, à disparaître ainsi toute seule.” “Eh bien, monsieur le garde du corps, vous pouvez dire à mon père que je ne reviendrai pas.” Il y eut un silence gêné. “Que prévoyez-vous de faire maintenant ?”, demanda-t-il enfin. “Je vais poursuivre ma route.” Jusqu’en Patagonie. Ensuite, elle répondrait à l’appel de l’océan. “Et je suppose que vous essaierez de me suivre ?” “Ils viendront vous chercher, mademoiselle Park. lls semblent déterminés.” Elle ne le savait que trop bien. Mais des cas de gens qui disparaissent, on en entend tout le temps. Ils s’effacent et se redessinent eux-mêmes, comme des gribouillis dans le sable. Une fille devrait pouvoir facilement se volatiliser sur tout un continent, tout un hémisphère, non ? Elle devait commencer par semer Jacob. Le regard de Yoonie se porta au-delà de lui – qui se tenait là, soudain privé de sa mission – et scruta le ciel. Les nuages blancs défilaient dans un tourbillon incessant, changeant de forme à l’envi. Au moins, cette journée était encore à elle. Cette respiration, et la suivante. À elle. 70 71

 

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Dans ce numéro, le nouveau Defender est mis à l’épreuve par deux jeunes aventuriers préparant une expédition au pôle Sud. Nous célébrons également le cinquantenaire de Range Rover avec un périple à la découverte de Dubaï. Forts du passé, nous nous tournons vers l’avenir avec un groupe de visionnaires qui nous présentent certaines des technologies qui pourraient bien transformer notre futur à tous.

Jaguar Land Rover Limited: Registered office: Abbey Road, Whitley, Coventry CV3 4LF. Registered in England No: 1672070

Les chiffres fournis sont issus des tests officiels du fabricant conformément à la législation de l'UE. La consommation réelle d'un véhicule peut différer de celle atteinte lors de ces tests, et ces chiffres n'ont qu'une valeur de comparaison.