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Décembre 2019

Surf en Islande avec le nouveau Land Rover Defender | Globes terrestres artisanaux à Londres chez Bellerby & Co | Galerie de photos aériennes à couper le souffle | L’auteure Helen Russell part sur la piste du bonheur. | Nouvelle exclusive de Jean McNeil

Nouvelle inédite Les

Nouvelle inédite Les cavaliers de Jean McNeil 2ULJLQDLUHGH1RXYHOOHFRVVHDX&DQDGD-HDQ0F1HLOHVWOōDXWHXUHSULP«HGHbOLYUHVGRQWVL[bURPDQV (OOHD«W««FULYDLQU«VLGHQWHQ$QWDUFWLTXHDXSUªVGX%ULWLVK$QWDUFWLF6XUYH\HWG«WLHQWODTXDOLƓFDWLRQGH JXLGHGHVDIDUL¢SLHG6RQGHUQLHUURPDQFire on the Mountain,VHG«URXOHHQ$IULTXHDXVWUDOH N ous arrivâmes au Cederberg fin août, à l’orée du printemps. Tout était couvert d’une fleur dont j’apprendrais le nom d’haemanthus ou lis de sang. Cinq femmes et trois chiens nous accueillirent. Helene, Maria, Annelise, Marine et Wilma avaient un lien de parenté, sans qu’on sache bien lequel. Je dis : « C’est bien toi, Leo, de trouver une ferme de femmes. » Helene était une femme rude, d’environ 45 ans, vive, sans méchanceté. Quand elle me vit au volant du van, elle s’exclama : « Ah Dieu merci, une femme ! ». Plus tard, quand je lui demandai où étaient les hommes, elle me dit que son père était mort d’une crise cardiaque (« trop de braai »), les fils étaient en pension et le contremaître passait son temps dans le bush. Avec un geste en direction d’un chemin de sable : « On a eu personne pour les chevaux depuis un bout de temps donc l’écurie est mal en point. Mais au moins, vous aurez votre intimité. ». Elle nous croyait en couple. Comme la plupart des gens, du moins au début. Leo ne faisait rien pour les contredire. « Mais faites attention aux babouins, avertit-elle. Laissez pas la porte ouverte, même une seconde. Ils savent aussi ouvrir les fenêtres donc on a mis des verrous. » Dans le chemin, entre des parois presque verticales de shale ocre, je nous sentis observés. Par des Khoïsan, si je lâchais la bride à mon imagination. La mince silhouette du bushman est partout ici — sur l’emballage du rooibos biologique qu’Helene produit, peinte sur les bungalows qu’elle loue aux randonneurs, aux alpinistes et à des familles s’essayant à la vie rustique, sur les dépliants touristiques distribués à Clanwilliam — partout sauf dans les terres qu’ils traversaient jadis à pied, bravant léopards et lions, pour chasser. À l’arrivée à l’écurie, nous ouvrons le van. Eeshani ruisselle de sueur. Leo dit : « Qu’est-ce que va faire un pur-sang dans cette canicule ? — Elle va où je vais. S’il fait trop chaud pour elle, je rentrerai. » Je mène Eeshani à l’intérieur, ça sent le moût et la crotte de babouin. Des bouts de rênes, vitrifiés par la fournaise du Cederberg, pendent comme du biltong à des clous rouillés. Eeshani allonge le nez vers les boxes humides puis recule comme devant un fantôme. Je m’assieds sur une botte de foin fossilisé, prise d’un vertige d’irréalité : avions-nous vraiment tout abandonné ? Les tilleuls au fond du jardin, les lis ananas, l’iguane de la montagne de la Table, barrant le ciel ? « Janine, tu ne peux pas rentrer. » L’ombre envahit les yeux verts de Leo. « Tu aurais pu rester. Ce n’est pas comme si les emprunts étaient à ton nom. — On dirait que tu veux que je t’abandonne à ton exil. Tu te sentirais moins coupable ? » Pas de réponse à ça. Siegfried me lança un regard clair d’anxiété ; les chevaux sont aussi doués à ça que les humains, l’alarme dans leurs yeux tout aussi lisible. Il n’avait pas l’habitude des disputes entre nous. Leo et moi avions toujours su d’instinct ce que l’autre avait dans la tête. Cette sympathie naturelle, et notre amour des chevaux, nous unissait. Les chevaux en étaient le vecteur. Son cheval, le mien, nous deux étions un quatuor soudé par un pacte singulier. Nous nous fîmes à la vie à la ferme d’Helene. Nous oubliâmes notre vie d’avant si vite que je me demandais pourquoi je n’avais jamais coupé les ponts avant. J’aimais l’odeur de roussi du regret cautérisé. J’avais entendu parler de nouveau départ sans jamais essayer. Pourquoi avais-je mis si longtemps ? Au printemps, des prunes tombaient de l’arbre devant notre bungalow et Marine faisait du gâteau à la grenadille qu’elle nous apportait tous les jours. Les affaires marchaient. Les visiteurs étaient du Cap ou de Joburg, inévitablement. Ils étaient surpris, d’abord, de me voir mener les sorties. Ils ne faisaient rarement de remarques avant de voir le fusil rangé dans une sacoche spéciale. ILLUSTRATION: DAVID DORAN; ADAPTATION FRANÇAISE: SANDRA MOUTON 72

Parfois, ils risquaient une plaisanterie : « Vous tirez si je ne tiens pas bien les rênes ? ». Je me contentais de répondre que c’était la loi sud-africaine, de porter une arme en zone sauvage. Toute la saison, nous évitâmes la poste. Quand nous y allâmes enfin, une pile de lettres inquiétantes nous attendait, tamponnées « Mise en demeure » et « Avis d’huissier ». Parmi elles, d’autres, sur du beau papier, adressées à Leo d’une écriture impeccable. Il n’avait jamais donné son adresse-mail aux femmes qui nous confiaient leurs chevaux, il me laissait gérer cet aspect (citation directe : « Le mail est contre ma religion »). Je pensais parfois à ces femmes, assises à table dans les banlieues du sud de la ville, dans des maisons à portail électrique, conduisant jusqu’au Woolworths de Century City ou Claremont, rêvant à Leo l’homme sauvage qui avait disparu dans le nord aride. Il lisait les lettres puis les brûlait. Assis autour du feu, nous regardions leurs cendres virevolter dans la nuit au-dessus des flammes, emportées par l’air chaud parmi les étoiles. C’était février, au plus fort de l’été, et la hache d’or du soleil pilonnait sans répit. Helene déboula dans son pick-up un après-midi. À voir comment elle se gara, je compris. « On s’est plaint, dit-elle, avant même d’arriver à notre porte. — À quel sujet ? — La mère de la famille d’hier. Elle dit que Leo la reluquait. » J’essayai de me rappeler : une femme, un homme, deux adolescents, le quadrille habituel. Européens, d’Allemagne ou de Hollande. Les enfants avaient adoré les histoires de Leo sur la girafe qui arpentait autrefois ces plaines, il y a cinqcents ans. Elle s’appuya sur le battant inférieur de la porte. « Je n’ai pas à me plaindre de vous. Seigneur, vous n’êtes même pas sa petite amie. » Elle baissa les yeux. « Pardon, je n’avais pas à dire ça. » Je secouai la tête. « Il n’est pas reluqueur, si je puis dire. Il est sur ses gardes. Il est responsable de tout le groupe, comme moi. C’est pour ça qu’il les scrute. Les femmes se méprennent tout le temps sur le regard des hommes. » Helene fronça les sourcils, peut-être à ce « méprennent ». « Vous êtes jamais comme tout le monde, vous les cavaliers. » Je trouvai Leo dans le box de Siegfried. « Pourquoi tu fais ça ? Je croyais qu’on s’était mis d’accord que tu arrêterais. — J’ai arrêté. » Pas du genre sarcastique, pourtant, sa voix se fit mordante. Il évita mon regard.« C’est juste que j’ai besoin de me distraire, de distraire mes pensées. » Je m’appuyai sur le filet à foin, les pailles coupantes me griffant le dos, et regardai dans ces drôles d’yeux verts. Il me vint à l’esprit qu’après tout ce temps, il n’avait pas appréhendé qui j’étais. Il me croyait peut-être une de ces femmes qui tombaient dans ses bras comme d’un distributeur automatique. « Pas la peine de ruiner nos chances ici. » Un étrange mouvement de côté apparut dans ses yeux. Je ne l’avais jamais vu avant : fluide, comme un lézard. « Je ne pourrais pas vivre sans toi. — Je ne suis pas ta femme. » Le mot sifflant, Leo l’entendit aussi, comme si un serpent s’était insinué dans le box, et eut un mouvement de recul. Helene nous accorda un sursis. Elle nous appréciait, tous les deux, prit-elle soin de dire. Elle ne se voyait pas trouver d’autres palefreniers en urgence. Par gratitude, nous nettoyâmes l’écurie du sol au plafond. L’hiver arriva, une saison de jours changeants. Nous commencions nos sorties en veste et gants fourrés pour finir en maillot à dix heures. Puis août revint, le printemps dans sa hotte, chargé des fleurs qui tapissent cette terre âpre six semaines par an : sneeuprotea, blou bergaster, geel perdekop, geel botterblom, boegoe, pienk handjie. Le pays semblait nous encourager à rester dans cette rougeur brute, extrême, la fournaise, les couchers de soleil couleur de grenade, le vent chantant dans l’herbe rude. Nous allions vers le barrage, comme souvent. Un réservoir avait été creusé pour irriguer les plantations d’agrumes qui s’étendaient sur des centaines de kilomètres à la ronde. Des nuages bas, lourds de pluie, roulaient du nord, venus de Namibie. Nos protégés ne posaient pas souci, une famille du Cap, le père professeur d’histoire. Ils devaient vivre à Rondebosch ou Newlands, aller chaque été au concert au jardin botanique de Kirstenbosch. On avait dû apprendre aux enfants à monter, ils se tenaient en selle à l’anglaise, vifs, impérieux. Leo prit sa position de second, à l’arrière. Pendant que la famille observait des outardes à la jumelle, la matriarche, une femme blonde mince, autrefois superbe, encore belle, le visage dissimulé par une visière de golf rose, vint près de moi. « C’est si bien de voir une femme en tête. » Elle me sourit timidement. « Vous devez être très sûre de vous, ici. — Merci. Je monte depuis l’enfance. » Elle fit un geste vers Leo, sur Siegfried, qui regardait fixement au-delà du groupe, dos à nous. « C’est votre mari ? — Non, nous sommes amis, et associés. Je ne sais pas pourquoi j’ajoutai cette révélation superflue. — Ça doit être dangereux, emmener des gens dans les zones sauvages. » Je préfère la jouer léger avec les touristes, moins ils en savent, mieux c’est. « C’est moins tendu que d’aller dans le lowveld, dis-je. Il n’y a pas de lions. 73

 

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Les chiffres fournis sont issus des tests officiels du fabricant conformément à la législation de l'UE. La consommation réelle d'un véhicule peut différer de celle atteinte lors de ces tests, et ces chiffres n'ont qu'une valeur de comparaison.